
Le Loup
Légendes
Le Loup
"Certains peuples de la Gaule, à une époque très ancienne ont connu un loup totémique.
En effet, à l'époque où prévalut l'antropomorphisme, nous trouvons le dieu que César appele Dispater, qui passait,
nous dit-il, pour l'ancêtre des Gaulois (le totem finit toujours par passer pour l'ancêtre) et dont les images, d'un
type analogue au Hadès-Pluton gréco-romain, portent souvent, une peau de loup.
Sylvain, auquel le dieu-loup gaulois a certainnement été assimilé dans la Gaule romaine, passait pour un "chasseur de loup", mais on sait qu'un des procédés constants de l'anthropomorphisme, quand il remplace le totémisme, consiste à faire de l'animal, autrfois identique au dieu, soit le compagnon du dieu (par exemple Apollon et le dauphin), soit sa victime (Apollon Sauroctone et le lézard), soit, plus rarement, son meurtrier (Adonis et le sanglier). Le dieu gaulois dont parle César est un dieu nocturne comme le loup, comme le coup, il réclamait disait-on, des victimes humaines. La fait que César l'appelle Dispater et que les sculpteurs l'ont parfois figuré sous les traits de Zeus Sérapis, prouve aussi qu'on lui attribuait un caractère inernal. Les morts qu'avale le loup infernal ne se débattent pas, car ils sont morts (comme le montre deux statuettes gallo-romaines trouvées à Fouqueure et à Oxford). Tout s'expliqe alors simplement. Le loup totem, anêtre mythique de la tribu, joue le double rôle qu'on attribuera plus à la Terre et même au Dieu spiritualisé du monithéisme ; il est à la fois le père des hommes et leur tombeau ; ils viennent de lui et ils retournent en lui ; il les appelle à la vie et les résorbe quand ils ont vécu. C'est comme la traduction zoomorphique d'une idée qui, sous une forme moins grossière, est encore accréditée aujourd'hui, invoquée et variée à l'infini dans les oraisons funèbres, dans les discours et les missives de consolation.
Texte de Salomon Reinach [Cultes, Mythes et religions. Edition Robert Laffont.] © 1996.
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