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Gorn de Oger
Interview de Tiburce Oger
Interview de Tiburce Oger
Réalisée par Grand-Pas durant le mois d'Octobre 1999.
© 1999 Grand-Pas et Tiburce Oger.
L'orientation des questions qui vont suivre est due au fait que pour moi Gorn n'est pas simplement une BD. Je m'explique :
Bien qu'assumant pleinement son rôle de divertissement cette BD n'est pas seulement cela.
Après avoir lu les différents tomes de Gorn je me suis aperçu que mon esprit continuait à vagabonder dans l'univers de Gorn.
Je m'interrogeais sur la religion et sur les conséquences d'une croyance aveugle. Je me demandais pourquoi l'auteur nous décrit-il un monde aussi glauque, peu d'espoir selon moi arrivait à transpercer cette univers macabre. Ces toutes ces interrogations que je me suis posé qui m'ont amené à poser les questions qui suivent à Tiburce Oger :
  Comment l'idée d'un héros fantôme vous est-elle venue ?
Je pense tout d'abord que le thème du fantôme est issu du mythe universel, ancré au plus profond de chacun de nous, et que l'on retrouve dans les plus anciennes civilisations. Dès que l'homme a pris conscience de la mort, il n'a qu'une seule idée en tête : Comment la déjouer et que peut-il se passer après ?...Et lorsque l'on perd des êtres chers, des personnes de son entourage, on se met à espérer les revoir un jour.
Gorn est une histoire romantique où l'amour et la mort sont les principaux thèmes.
Le fantôme est l'incarnation même de ces thèmes, et donc le personnage romantique par excellence.
Un an ou deux après la sortie du premier Tome (Même la mort... 1992), j'ai découvert le film Ghost, puis il y a trois, quatre ans, un super-héros resurgi des Ténèbres est apparu dans des comix américains. Un thème universel disais-je...Orphée aux Enfers, éternels Egyptiens, fantômes chinois...

  Il me semble que les discours tenus par les différents personnages de cette série peuvent s'appliquer à n'importe quelle époque alors pourquoi avoir choisit l'univers de l'Héroïc Fantaisy ?
Gorn était au début une histoire se déroulant à la fin de la guerre de sécession aux Etats-Unis. On était bien loin des châteaux moyenâgeux !!
Mais j'aimais aussi les légendes arthuriennes, Tolkien, l'esprit celtique (je suis amoureux de l'Ecosse et de la Bretagne). De plus dans ce genre d'univers fantastique, je n'étais tenu par aucune contrainte historique ou sociologique. Je pouvais ainsi essayer de créer mon propre univers.
Cependant j'ai toujours été agacé par la vision américaine de l'Héroïc Fantaisy, où les gros bras huilés et musclés, les caleçons panthère et les grosses épées règlent leurs aventures sans la moindre sensibilité. Ce qui me navre, c'est que le thème "Gonzesses à Poil et gros Dragons" tienne actuellement le haut du pavé.
C'est pour cela que, dans les premiers tomes, j'ai oscillé entre parodie du genre (les monstres, les grands châteaux, les grosses épées, les Walkyries, les magiciens...) et mon histoire d'amour qui a nettement pris le dessus dans la suite.
  On peut, selon moi, difficilement appliquer à Gorn la définition de Héros. C'est un personnage égoïste et opportuniste, il ne risque sa vie que dans le but de sauver ses proches (du moins dans un premier temps). On a du mal à croire qu'il est doué d'intentions nobles. Cependant on comprend ce personnage, on l'admire car il ne s'apitoie guère sur son sort et affronte courageusement démons et autres mages. Toute cette tirade pour vous demander comment avez-vous déterminer les traits de caractère de Gorn ? Quelles ont été vos sources d'inspirations ? A-t-il un modèle réel ?
Cette ambiguïté du personnage m'amène à cette interrogation : Gorn est-il le héros de cette histoire ?
On peut dire que Gorn est un héros, mais c'est aussi un être humain (ou plutôt c'était...) avec ses doutes, ses erreurs, ses convictions et surtout sa volonté farouche de refuser sa propre mort et d'être séparé de celle qu'il aime. Ce n'est pas un personnage opportuniste, mais il se débat avec ses faibles moyens, et après avoir échoué en s'attaquant de front aux Dieux, il se trouve rapidement acculé à choisir des chemins détournés.
Gorn n'a pas de modèle réel, mais le fait que j'écrive de cette manière ce personnage révèle sans doute quelques facettes de ma personnalité.
Mais Gorn est un héros parmi tant d'autres, et comme dans la réalité, chaque personnage de l'histoire est le héros de sa propre existence. Eliette, Dame Gorge, Eloïse, la petite Maëlle, mais aussi le troubadour Ferbrel et son acolyte Gabrilion, le jeune Dorian, sont autant de personnages clés de la série.
  La religion tient une place primordiale dans cet ouvrage, j'ai l'impression qu'il s'agit là du sujet principal de l'oeuvre (l'amour n'apparaissant qu'en toile de fond), suis-je dans le vrai ?
La religion est toujours montré à travers ces aspects négatifs : mages fous, démons, dieu de la guerre assoiffé de sang. Il n'y a aucune représentation d'un Dieu clément, bénéfique.
Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à montrer la religion (les religions) sous cet aspect néfaste ?
Si la religion, qui prend une part importante dans la série, apparaît sous ses plus mauvais aspects, c'est que de nombreux événements m'ont choqué ces dernières années. Profondément laïc, je tiens à respecter la différence, la religion de chacun.
Mais l'intolérance, l'intégrisme religieux pour lequel on égorge, on assassine, on s'entre-tue entre voisins d'hier, au nom duquel on voile les femmes, on leur ferme l'accès au savoir ou tout simplement à la médecine dans certains pays, à l'IVG dans d'autres, tout ceci hérisse mon échine de fervent défenseur de la liberté de pensée de chaque être humain.
  Pour parler de la religion vous empruntait la voie d'Eloïse, cette dernière reniant toute religion prouve par là que les Dieux ne sauraient exister sans la croyance des hommes et que les souffrances s'arrêtent aussitôt.
Pourquoi est-ce une femme, demi-elfe, qui arrive à ouvrir les yeux des hommes ?
Est-ce son sang elfe qui la rend si clairvoyante ou est-ce le fait qu'elle soit une femme ?
Si j'ai choisi le personnage féminin d'Eloïse comme point de départ à la révolte contre les prêtres du Royaume, c'est que je pense que, de part leur combat permanent afin de conquérir une réelle égalité avec les hommes, ce sont les femmes qui ont fait faire à l'humanité les plus grands bond en avant depuis des siècles. Il y a eu les sciences, il faut maintenant qu'il y ait l'Humain, l'homme et la femme.
  Durant toute la série on s'aperçoit que la magie ne saurait exister sans les Dieux, ils accordent la magie aux hommes.
Mais les elfes n'ont pas cette croyance et pourtant il me semble qu'il possède une forme de magie.
Ces deux constatations m'amène à vous demander si pour vous la religion et la magie sont étroitement liés ou s'il existe une magie sans Dieux ?
Vous me demandez si pour moi, la religion et la magie sont étroitement liées.
A mon sens, oui, car elles font toutes deux appel à l'inconnu, à l'absence de connaissances ou de données scientifiques. Lorsque les premiers hommes voulurent donner une explication au monde, à la vie, les religions apparurent, rassurant ainsi chacun, lui créant une place au sein de l'univers. Puis arriva la science, et celle-ci commença à grignoter et à contredire chaque croyance. Et oui, nous descendons du singe...et non, la terre n'est pas plate...
Prenez maintenant un prestidigitateur : chacun de ses tours de passe-passe paraît magique. Mais qu'il révèle son truc et la magie disparaît...
Mais il nous faut tout de même garder une part de rêve, un petit coin de magie au fond du coeur, je crois. Alors que chacun le prenne où il le veut, toute croyance est alors bonne si elle rend les gens heureux. Mais pour ma part...
  Le tome 8 annonce la fin d'un cycle, à quand le second cycle ?
Gorn disparaît-il de la série ?
Pour le moment, je travaille, sur un western, mon sujet de prédilection. Toute mon enfance, les Blueberry, Comanche et autres Mac Coy, Lucky Luke et les tuniques bleues ont enfumés à coups de revolvers mes dimanches après-midi. [...] Alors, après "Gorn" et mes cauchemars d'adulte, voilà la "Piste des Ombres" et mes rêves de gamin...
Je tiens à remercier particulièrement l'attaché de presse des Editions Vents d'Ouest d'avoir si gentiment fait parvenir mes questions à Tiburce Oger.
Et bien sûr un grand merci à Tiburce Oger pour avoir pris le temps de répondre à mes questions avec sincérité et honnêteté.