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Finkel de Convard, Gine, Rita
Interview de Didier Convard
Interview de Christian Gine et Didier Convard

Interview réalisé pour le dossier de Presse paru lors de la sortie du 6ème tome de la série.
Interview reproduite avec l'aimable autorisation des Editions Delcourt

Avec Finkel, Didier Convard imagine une saga humaniste autour d'un marin plein de fougue et de courage, d'Esta, une jeune femme au talent extraordinaire, d'un enfant, espoir de l'humanité... Un récit magique magnifiquement mis en dessin par Christian Gine. A l'heure où paraît le sixième opus, Esta, rencontre avec ce conteur qui ne dort que trois heures par nuit, et de ce dessinateur au trait acéré !
  Comment avez-vous eu l'idée de Finkel ?
Didier Convard : Elle est venue d'un désir de créer un univers cohérent dans sa totalité. Sa politique, sa religion, son économie... Sans pour autant exprimer si ce monde est celui d'une Terre dans un futur lointain ou celui d'une autre planète. Par contre, quelques indices nous laissent à penser qu'il pourrait s'agir de la terre ! Ne parle-t-on pas d'une époque antédiluvienne ? Gine et moi, souhaitions bâtir une structure extrêment réaliste pour permettre, paradoxalement, d'atteindre un onirisme nous offrant des décors et des personnagse originaux.
  Comment avez-vous imaginé le monde où évolue les héros de Finkel ?
Didier Convard : Il a été imaginé à partir de ce simple théorème : imaginons que les océans recouvrent presque toatlement notre planète. Seuls subsitent les Trois Grandes Terres et quelques chapelets d'îles. La Nature décide alors de faire revenir l'homme à son poiint de départ... Une créature aquatique.
  Quelle est la hiérarchie de cet univers, comment fonctionne-t-il ?
Didier Convard : Le commerce y est devenu un principe religieux. Il est sacré et oblige ainsi les hommes du Globe à observer un système complexe de règles encadrant la pratique de leur négoce. L'ensemble des lois commerciales forme une bible à laquelle doivent obéir tous les marchands, les importateurs, les consignataires et les marins... Un prévôt est chargé de veiller au respect de ce "Codex" précis, maintenant l'aquilibre et la paix au travers des nombreux échnages intercommunautaires.
  Qui est Finkel, quelles sont ses origines ? Quels sont ses buts ?
Didier Convard : Finkel est un marin. Pas n'importe lequel ! Il a été initié par la Feder Compagnie, une société commerciale qui gère les richesses du Globe, selon des règles strictes mais humanistes imposées par le Saint-Commerce. Finkel a plusieurs buts dans la vie. Le premier est de veiller sur Esta, sa fille adoptive. Le second est d'empêcher, avec le moine Bérith, que ne se déclare la guerre contre les Nek'Amas, les populations qui n'ont pas accepté de signer les alliances commerciales avec la Feder Compagnie. Nous apprendrons certainnement un jour les origines de Finkel. Nous savons déjà qu'il fut, très jeune, l'ami de Bérith, le moine Sige.

Christian Gine : Finkel est réfractaire à ces règles strictes gérées par la Feder Compagnie dont parle Didier ; il est et doit rester un homme libre ; il a d'ailleurs, par le passé été quelque peu exclu de la Feder, comme le suggère le premier tome et même si le prévôt l'a réintégré, (la Feder reste tout de même la famille qui l'a toujours protégé...). Nous voyons bien que Finkel se situe en marge de cette société ; il suffit d'observer qu'il n'enfile jamais l'uniforme dû à son rang.
  Dans le premier cycle, le lecteur découvre des indices très singuliers sur Esta, mais aussi à propos de l'origine de la maladie du Corail. Elle serait le résultat des travaux génétiques du fondateur de la Feder. Quels sont les liens qui l'unissent à l'enfant des Méandres ?
Didier Convard : Osmin Feder, le légendaire fondateur de la Feder Compagnie était le permier mutant. Prévoyant que la Nature allait imposer à l'Homme de retourner à la mer, il aura voulu précipiter le cycle de l'évolution en tentant des expériences génétiques et chirurgicales sur lui-même et les enfants... Osmin Feder laissa ces quelques phrases dans son journal : "J'ai souhaité conduire l'Homme à la Parfaite Mutation, vers la paix et la sérénité. Au seuil de la mort, j'avoue m'être comporté comme un sorcier. L'épidémie de la maladie du Corail est la conséquence de mes travaux génétiques. Les alchimistes de la Feder et moi-même, nous nous sommes crus suffisamment intelligents pour imposer notre loi à la Nature. Cette dernière nous a étouffé dans notre propre orgueil..."
  Comment définiriez-vous les rôles d'Esta et d'Eloïne ?
Didier Convard : Lorsqu'elles se rencontrent, Esta et Eloïne sont totalement opposés. L'âge, la psychologie, le caractère, les éloignent l'une de l'autre. De plus, toutes deux aiment Finkel. Esta n'a jamais apprécié que son père adoptif partage parfois le lit des jolies filles des ports, fermant cependant les yeux sur ces rapides amours sans lendemain. Mais l'arrivée d'Eloïne dans leur existence a perturbé le confortable équilibre père-fille. Et cette fois, Esta a découvert la jalousie ! Ces deux rôles féminins apportent à la série sa part de sensualité, de tendresse et démotion que nous souhaitions dépeindre dès sa conception. Finkel n'est pas qu'une grande aventure maritime, c'est aussi une quête philosophique et amoureuse.
  Comment ont pris vie graphiquement les personages ?
Didier Convard : Nos personnages ont pris vie graphiquement sous le crayon de Christian après de nombreuses discussions, d'interminables échanges de points de vue, de comparaisons avec certains acteurs de cinéma... La création d'un héros de papier a quelque chose de mystérieux et de difficilement explicable. Il donne l'impression de naître de lui-même, presque facilement, alors qu'il est le fuit d'une longue maturation. Son aboutissement résulte souvent des rapports qui unissent le scénariste et le dessinateur, la compréhension qu'ils ont du sujet et à la volonté qu'ils mettent à le parfaire. Un bon couple accouche plus facilement d'un bon héros !
  Avec Neige et Finkel, vous avez bâti des mondes très structurés et cohérents, quels sont les principaux points communs et différences entre ces deux héros et ces sagas ?
Didier Convard : Neige et Finkel développent des univers réellement différents bien qu'ils soient tous les deux logiques dans leur conception, et basés sur un principe presque identique : un monde isolé. L'un par la neige. L'autre par la mer. Certes, il est aussi question de principes fondemmentaux à préserver, de quête initiatique, de secret à protéger. Néanmoins, Neige est traité selon une option pessimiste à l'invers de Finkel qui bénéficie de plus d'espoir et d'humour. Les deux véhiculent pourtant les mêmes inquiétudes, les m^mes angoisses écologiques... Et aussi les mêmes attentes humanistes. Neige est la vision d'un cauchemar, Finkel est celle d'un rêve.

Christian Gine : Neige est un apprenti initié qui n'a pas totalement achevé son éducation à cause de la mort de Northman. Il est d'ailleurs toujours accompagné d'une foule de personnages lors de ses aventures et parmi ceux-ci, un initié ou une initiatrice ; c'est encore un chien fou qui a besoin d'être guidé pour accomplir le formidable travail qu'on attend de lui. Finkel, lui, est un maître à la recherche de la perfection ; il sait comment atteindre le but et accomplir sa mission, même s'il est aidé par un maître supérieur et doté de pouvoirs supplémentaires.